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Science et alimentation: crise de foi 2

Chaque semaine ou presque amène sa nouvelle étude en alimentation. Qu’elles traitent des vertus curatives du curcuma ou des qualités préventives du vin rouge, elles se révèlent le plus souvent incomplètes, ou sont alors contredites dans les mois suivants.

Le résultat? Des compagnies s’emparent de ces études pour en faire des objets de marketing alimentaire, leurrant les consommateurs qui saisissent mal les limites des études en la matière.

C’était l’objet de notre premier article sur le sujet : les recherches sur la nutrition sont très limitées, et mal comprises par le public.

Alors, peut-on encore leur faire confiance?

«Oui, bien sûr qu’on peut faire confiance à la science», clame le nutritionniste Bernard Lavallée. «Là où il faut garder un esprit critique, c’est dans la manière dont on communique l’information», nuance-t-il.

La faute aux médias

À cause de la concurrence médiatique, principalement en ligne, où l’enjeu est de faire cliquer l’utilisateur pour le transporter vers sa page, le titre est devenu roi. L’amorce aussi. Si bien qu’il n’est pas rare de lire l’un et l’autre, puis de constater que le contenu de l’article est autrement complexe et nuancé, si bien qu’il est impossible d’arriver à la conclusion présentée dans l’en-tête.

«Par exemple, le gros titre pourrait être : “Le café guérit la maladie d’Alzheimer”, illustre l’auteur de l’excellent blogue Le nutritionniste urbain. Finalement, si on termine l’article, on se rend compte que l’étude a été faite sur des souris, ce qui n’est pas suffisant pour arriver à une conclusion claire pour les humains.» Mais encore faut-il lire au-delà de l’accroche…

Trop d’information

À la limite, croit Bernard Lavallée, il y a de l’information qu’un public non initié n’a aucun avantage à connaître. «C’est super intéressant d’un point de vue scientifique, soutient-il, mais ça induit les gens en erreur.»

«Les antioxydants sont un bon exemple, poursuit-il. Si je questionne les gens dans la rue, je vais sans doute découvrir qu’ils ont une opinion très favorable à propos des antioxydants. Le problème, c’est qu’aucune étude n’a pu démontrer que ceux-ci ont un véritable impact positif sur la santé. On l’a démontré sur des cellules (in vitro), sur des animaux aussi, mais les aliments agissent de manière complexe, et différemment sur les humains.»

Abus de confiance

Enfin, deux types de personnages abusent de la confiance et de la méconnaissance du public pour s’enrichir.

D’abord, les entreprises. Ensuite, les personnalités publiques.

Les premières commandent des études tendancieuses. Les secondes utilisent leur notoriété pour faire valoir l’excellence de telle diète ou d’un aliment en particulier.

Et, surprise : tout ce beau monde a généralement quelque chose à vendre. Cela va des superaliments (qui sont le produit de l’imagination des experts en marketing alimentaire) aux diètes détox en trois étapes (qui sont une pure fabrication ésotérique).

Résultat : au final, on assiste à une grave crise de confiance envers la science. Bernard Lavallée avait d’ailleurs placé ce phénomène parmi ceux qui, selon lui, marqueront l’année 2017.

«Mais ce que les gens ne comprennent pas, c’est que la science, c’est une manière d’étudier des phénomènes qui est ainsi faite qu’elle fonctionne par essais et erreurs, qu’on peut contredire des résultats obtenus auparavant, et qu’on est constamment remis en cause par ses pairs pour tendre vers quelque chose qui s’approche de la vérité. Alors c’est normal que des résultats se contredisent.»

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca