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Soigner son coeur pour vivre mieux

Le cœur. Moteur de la vie. Puisqu’il fonctionne par automatisme, nous oublions à quel point ce muscle qui pompe le sang dans notre corps est important, précieux, mais aussi fragile. Nous proposons ici une série basée sur un entretien de fond avec le cardiologue Martin Juneau, qui a fait de la prévention son cheval de bataille.

On dit du cœur que c’est un muscle involontaire. Ce n’est pas entièrement vrai.

En réalité, si on y met l’effort, on peut inspirer le cœur, et l’amener à mieux fonctionner pendant plus longtemps. C’est le combat que mène le docteur Martin Juneau depuis le début de sa carrière : convaincre ses patients de modifier leurs habitudes de vie afin de non pas seulement allonger leurs jours, mais aussi les rendre meilleurs.

Vivre plus longtemps, et en santé

Dans son récent ouvrage (Un cœur pour la vie, éditions Trécarré), aussi bien documenté que vulgarisé, ce cardiologue spécialiste de la prévention se désole que, si l’espérance de vie augmente depuis des années, l’espérance de vie en santé, elle, ne bouge pas.

Cela signifie que, si la médecine parvient à garder les gens en vie plus longtemps, ceux-ci doivent cependant passer ces dernières années d’existence dans un état plus ou moins misérable, aux prises avec des maladies chroniques qui les empêchent de profiter pleinement des jours supplémentaires qui leur sont accordés.

Si bien que les gens qui débarquent dans le cabinet du Dr Juneau manifestent souvent un certain fatalisme. «Les gens me disent souvent : “Faut bien mourir de quelque chose”, et ils espèrent succomber à un infarctus qui les tuera sur-le-champ», expose-t-il depuis son bureau, à l’Institut de cardiologie de Montréal. «L’ennui, poursuit-il, c’est qu’on ne meurt pas nécessairement d’un premier infarctus. Et si on ne fait rien, on en aura un deuxième, puis un autre. On développe alors de l’insuffisance cardiaque, on peine à respirer au moindre effort.»

«Si vous faites de l’activité physique et que vous mangez mieux et maintenez un poids santé, vous allez avoir une bien plus belle fin de vie», insiste-t-il.

La lente victoire d’un granola

Autrefois, les confrères de Martin Juneau le considéraient avec un mélange d’amusement et de scepticisme. «On respectait mon expertise, mon parcours, mais plusieurs me prenaient pour une sorte de granola.»

C’était en 1986. Juneau revenait de sa formation à Stanford, en Californie, où ses congénères faisaient tous de l’exercice et étaient largement végétariens. «Ici, on était 30 ans en retard», se souvient-il.

Le retard n’est pas encore tout à fait rattrapé, fait-il remarquer. C’est pourquoi il destine son livre autant aux médecins qu’aux individus, afin de permettre aux premiers de profiter d’années d’expérience en matière de vulgarisation et d’évangélisation quant aux bénéfices multiples de l’amélioration des habitudes de vie.

«Depuis quatre ou cinq ans, j’ai une bien meilleure réception de la part des médecins, qui sont contents qu’on leur parle enfin un peu de plus de prévention plutôt que de toujours appuyer sur les méthodes curatives.»

Par là, il entend le monde de la pharmacologie, qui domine le discours médical.

La facilité de prendre une pilule plutôt que de changer ses habitudes de vie a d’ailleurs contaminé la méthode médicale. «On me dit tout le temps que les patients ne veulent rien savoir, qu’ils ne veulent pas changer de mode de vie. Mais si les médecins ne sont pas convaincus eux non plus des bienfaits de ces modifications apportées au quotidien des individus, évidemment qu’on ne peut pas convaincre les patients.»

En rassemblant une poignée d’études concluantes, de cas éclairants et d’explications limpides, le livre de Martin Juneau fait œuvre utile à plusieurs niveaux. À commencer par celui duquel part l’information primordiale sur la santé : le bureau du médecin.

Mais, constate le cardiologue, les gens croient plus encore aux vertus des changements de style de vie que le monde médical. «La population est en avance sur la médecine», dit-il. Si bien que cette paresse qu’on prête aux individus, c’est peut-être surtout celle d’un système qui préfère la facilité aux solutions qui réclament des explications et de l’encadrement.

La semaine prochaine : Ce que vous mangez peut vous sauver la vie

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca