Télémédecine : le docteur à l’écran

Présente dans un nombre croissant de pays, la télémédecine permet de poser certains diagnostics simples et d’effectuer des suivis à distance, donc en épargnant au patient les déplacements et l’attente. C’est ce que fait Carena, une compagnie de Seattle qui, après s’être déplacée vers le patient en personne, le fait maintenant virtuellement.

« Nous pouvons dire que nous devons une partie de notre succès à notre ADN, illustre le Dr Robert Bernstein, vice-président de Carena. Au début, il s’agissait d’une clinique familiale, puis, il y a une dizaine années, soit au moment où je suis arrivé, nous nous sommes mis à faire des visites à domicile. »

Leurs clients étaient souvent de grandes entreprises offrant une couverture en santé à leurs employés. Rappelons que les services de santé sont essentiellement privés aux États-Unis, et qu’une assurance est à la fois essentielle et extrêmement coûteuse.

Or, les visites à domicile, en plus d’éviter de remplir des salles d’attente, s’avéraient moins onéreuses pour les assureurs. « Sans compter que les patients préfèrent de loin nous recevoir chez eux pour toutes les choses simples qui ne nécessitent pas d’appareils d’examen sophistiqués », ajoute le médecin porte-parole de Carena.

Reproduire le modèle

Avec les années, la technologie a évolué, permettant les rencontres virtuelles. « Nous avions déjà élaboré des lignes de conduite très strictes concernant les cas qui nécessitaient des soins plus poussés que nous ne pouvions pas prodiguer chez les patients. Nous avons appliqué la même méthode, en réduisant les paramètres auxquels nous avons accès lors d’une visite virtuelle, afin que notre offre comporte le moins de risques d’erreur possible », expose M. Bernstein.

En cas de doute, de contre-indication : on vous envoie voir un médecin. « Mais il y a des cas, comme les infections urinaires chez les femmes adultes, qui sont très faciles à diagnostiquer », détaille le médecin, qui explique qu’il ne reste alors qu’à prescrire des antibiotiques.

Évolution des soins à distance

Éventuellement, l’offre de services comme ceux de Carena est appelée à changer. « Bientôt, les gens pourront se procurer de petites caméras pour l’examen des oreilles à distance, par exemple. Ou alors des stéthoscopes qui se synchronisent à un téléphone ou à un ordinateur. On pourra alors élargir l’éventail des diagnostics que nous pouvons effectuer à distance. »

De même, le médecin imagine d’éventuels partenariats avec des pharmaciens qui pourraient mesurer certains symptômes et signes vitaux avant que ne soit prescrit un traitement, afin de s’assurer que le diagnostic est juste.

Résistance

Contrairement à d’autres entreprises du même genre, Carena n’opère pas comme une clinique indépendante. Elle vend plutôt ses services aux hôpitaux et aux cliniques, qui hébergent sur leur site une page menant au service de télémédecine.

« Il y a deux raisons à cela, explique le Dr Bernstein. D’abord, ça évite de fragmenter les soins. Le médecin de famille ou traitant aura accès à ce qui résulte de cette consultation, et celui qui prodigue la visite virtuelle a lui aussi accès au dossier complet du patient. Ensuite, le patient est plus en confiance s’il visite le site de son institution, qui lui est familière, et dont il sait qu’elle est un gage de soins de qualité. »

Enfin, cette association est aussi un gage de services de qualité, hors d’un contexte de rentabilité et de compétition d’affaires qui pourrait pousser une clinique virtuelle à errer dans son diagnostic afin de plaire au patient, et pour qu’il revienne. En se mettant au service du système de santé, Carena évacue la compétition qui pourrait venir altérer la qualité de la relation entre médecin et patient.

Il y a malgré cela un courant de résistance dans certains États américains, où la compagnie ne peut toujours pas offrir ses services. Sous prétexte de s’assurer de la qualité des soins, plusieurs ordres de médecins refusent l’accès à Carena.

Le motif est noble, mais le Dr Bernstein suspecte qu’il en cache un autre. « Peut-être que certains ont peur de perdre leur clientèle… »

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