Tout ce que vous devez savoir sur le sexe des ados

La sexologue Jocelyne Robert revisite son ouvrage Parlez-leur d’amour et de sexualité. Parce que les temps changent et que ses explications méritaient de s’adapter à l’époque pour mieux soutenir les parents, parfois un peu perdus au moment d’aborder ce sujet qui relève tant de l’intime que du social.

«J’ai presque l’impression d’avoir écrit un nouveau livre, raconte Jocelyne Robert. Il y a tellement de nouveaux sujets, de choses qui ont changé que ça a été beaucoup de travail d’adapter ce contenu à la société d’aujourd’hui.»

Est-ce à dire que la sexualité des adolescents n’est plus ce qu’elle était?

Disons que dans le contexte de #MeToo, de la multiplication des identités et des orientations, et vu la volatilité de certains concepts (comme ce qui concerne la théorie des genres), la sexologue a dû trimer dur pour expliquer aux parents de quoi toutes ces nouveautés retournent. D’autant que plusieurs des thèmes qu’elle a dû aborder sont loin d’être réjouissants. Le consentement égalitaire, le sextage, la porno, la culture du viol n’en sont que quelques-uns.

«Dans mes conférences, les questions n’étaient plus les mêmes qu’avant. Les parents se sentent parfois déconnectés, voudraient savoir comment parler à leurs enfants de séduction, de respect, et mieux comprendre les différentes identités.» Visiblement, leurs repères n’étaient plus en phase avec la culture actuelle.

Parler d’amour

L’ingéniosité de ce livre qui valait bien une refonte tient à l’idée de parler de sexualité en la mettant en contexte global d’éducation et de communication. Donc en parlant de relations humaines, et évidemment d’amour. Et d’évolution de la société.

Les parents sont invités non pas à s’immiscer dans les affaires de leurs ados, mais à tendre la main. Un accompagnement équilibré qui réclame qu’on s’intéresse à leur monde, mais aussi à la culture ambiante dans laquelle ils évoluent pour mieux saisir leurs références, les influences qui les pétrissent.

«Ce que je prône, détaille-t-elle, c’est de faire un examen de conscience : est-ce que je suis vraiment ouvert et capable de parler de sexualité au besoin? L’idée, c’est de mieux comprendre cet univers pour pouvoir être en mesure de ne pas agir comme un censeur, mais plutôt de tendre une perche et de dire : au besoin, je suis là pour écouter. Parce que, généralement, cette aptitude à profiter des bons moments et donc à saisir les occasions qui se présentent pour ouvrir la discussion, on n’en profite pas.»

Par gêne. Et parce qu’on ne sait pas par où prendre le sujet.

«Le sexe, ce n’est pas juste des trucs d’agression, d’ITSS, de grossesses non désirées… C’est aussi l’idée de partager un moment intime, c’est d’être ensemble, c’est de l’altérité, c’est être respecté et respecter… Tout ça repose sur un ensemble de valeurs. Évidemment, celles que je propose ici, ce sont un peu les miennes, mais je crois qu’elles sont profondément humanistes.»

Des concepts et des conseils

D’abord un guide qui suit les enfants au fil des âges et précise le rôle de leurs parents lors de ces différentes phases de vie, la nouvelle itération de ce livre est, comme le veut son auteure, une fenêtre sur l’époque.

Un lexique y éclaircit une myriade d’expressions consacrées chez les jeunes, qui touchent à la culture pop comme à la sexualité. Certains concepts, parfois moins bien compris, y sont aussi exposés dans le détail.

Comme la culture du viol, dont Jocelyne Robert tient à préciser qu’admettre que nous vivons dans celle-ci ne revient pas à porter une accusation générale concernant le comportement de tous les hommes, mais bien à dénoncer, d’abord, un système qui oblige encore les victimes d’agressions sexuelles à se défendre à armes inégales. Mais aussi à reconnaître que le viol est banalisé, détourné.

«Y a plein de monde qui nie ça, dit-elle. Pourtant, ça ne veut pas dire que tous les hommes sont des violeurs. Ça signifie qu’on assimile ces comportements, et qu’on érotise cette violence-là. Par exemple, le blogueur qui avait écrit à propos de Mariloup Wolfe, ce n’est pas nécessairement un violeur, mais il montre bien comment se décline la culture du viol : en rendant ce geste-là banal, excitant, alors que c’est tout simplement violent.»

Dans un monde où la sexualité est omniprésente, mais où on expose bien mal ses mécanismes et comment elle s’inscrit dans notre culture au quotidien, les explications de Jocelyne Robert sont éclairantes, et essentielles pour amorcer le dialogue avec nos jeunes.

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