Traiter le trouble panique et l’agoraphobie

Vingt-cinq ans et 80 000 exemplaires écoulés séparent la toute première édition de La peur d’avoir peur de sa quatrième, qui vient tout juste de paraître. On saisit l’occasion pour s’entretenir avec une des trois coauteurs de cet ouvrage de diagnostic et d’autotraitement afin de mieux comprendre le mal qui ronge celles et ceux en proie au trouble panique et à l’agoraphobie.

Beaucoup de gens vont connaître un épisode de crise de panique au moins une fois dans leur vie. Ils se sentiront mal, auront les jambes molles, des palpitations cardiaques, des nausées, l’impression d’avoir un choc vagal. Les symptômes varient. Parmi ces personnes, certaines développeront une crainte immodérée de revivre cet épisode de perte de contrôle. Avec, parfois, des conséquences graves sur leur santé psychologique et leur qualité de vie générale.

La peur d’avoir peur est un ouvrage à la fois utile et informatif. Il permet de mieux définir les différences entre peur, phobies, anxiété et troubles paniques. Il offre aussi un parcours de guérison à travers un déconditionnement par étapes, dont la première est de dédramatiser la crise de panique et les symptômes qui l’accompagnent.

La psychologue Amélie Seidah cosigne avec André Marchand et Andrée Letarte la quatrième édition de ce best-seller de la psychologie pratique. Elle expose pour nous quelques paramètres importants de ces ennuis.

C’est la quatrième édition de ce livre qui a été vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?

Visiblement, c’est un problème qui persiste dans le temps. Et c’est donc toujours d’actualité en 2018, autant sinon plus encore que lors de la parution de la première édition. Comme psychologue clinicienne, je constate que le niveau d’anxiété général ne va pas en décroissant, et même qu’il est de plus en plus présent chez les jeunes. Ces derniers sont victimes de la pression, de la nécessité de performer en tout. Nous en sommes à un point où les gens sont stressés de savoir s’ils parviennent à bien gérer leur stress… Même là, il y a de l’anxiété de performance.

Dans le livre, vous faites plusieurs distinctions importantes entre certains problèmes. À commencer par la peur et les phobies…

Oui, parce qu’il faut comprendre que la peur et l’anxiété sont normales. Ça fait partie de notre biologie, et c’est très utile, parce que c’est un système d’alarme qui nous permet de nous protéger des dangers, par exemple. Les gens veulent parfois entièrement éliminer ces émotions, parce qu’elles sont inconfortables, mais elles sont quand même nécessaires. À moins, passé un certain seuil, de devenir invalidantes. C’est là que nous faisons la distinction.

Par exemple, une phobie, c’est une peur qui est déraisonnée. Elle est liée à un objet, une situation, un animal, quelque chose de très précis.

Et la peur d’avoir peur, elle, comment la décririez-vous?

Pour comprendre, il faut faire la distinction entre les attaques de panique et le trouble panique. Onze pour cent des gens vont vivre une attaque de panique sans que ce soit lié à un trouble de santé mentale. C’est une montée d’anxiété soudaine, où une personne ressent au moins cinq sensations physiques en même temps [NDLR : qui font partie d’une longue liste détaillée dans le livre]. Le maximum est atteint en quelques minutes, et ça dure entre 5 et 10 minutes.

Le trouble panique, c’est quand on a des attaques de panique récurrentes. De manière spontanée et inattendue. Les gens se mettent à avoir peur de leurs sensations physiques. Ils craignent de faire une crise cardiaque, de devenir fous…

Il y a ensuite un conditionnement qui s’opère, autant à propos des lieux où ça se produit que des sensations physiques. On se met à interpréter toutes les sensations physiques semblables et à chercher des manières de les éviter. Même chose pour les endroits plus propices à ce que les crises de panique surviennent.

Vous voulez dire que si on a peur, par exemple, de faire une crise dans certains lieux publics, des endroits fermés, on va se mettre à les éviter.

Oui, et là ça devient de l’agoraphobie. Cela mène souvent à de l’isolement. Donc à plus de détresse encore, et à des problèmes liés au travail, à la vie sociale.

Comment devrait-on agir avec celles et ceux qui souffrent de trouble panique et d’agoraphobie?

Il faut faire attention au jugement. Autant pour soi, si on est victime de ces troubles, que pour les autres. Il faut avoir de la compassion pour soi, ne pas se taper sur la tête en se disant qu’on est faible : on ne fait que rajouter une couche de souffrance. Même chose si on fait partie de l’entourage. Toutefois, il faut faire attention de ne pas devenir un compagnon phobique et de participer à l’évitement de celles et ceux qui ont ces troubles. Parfois, en croyant aider, on alimente les comportements d’évitement.

Votre livre se présente comme un guide pratique qui aborde le sujet de manière très concrète, en plus d’offrir un guide de traitement qu’on peut suivre pour se soigner. Est-ce suffisant?

Ça dépend de la sévérité. Pour quelqu’un dont les symptômes sont très modérés, ça peut être suffisant. Mais pour les autres, ça ne remplacera pas une psychothérapie. Par contre, je crois que ça permet de poursuivre le travail entre les séances, et les gens qui ont lu le livre ont déjà une longueur d’avance parce qu’ils arrivent en thérapie en ayant déjà compris tout le volet théorique.

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