Quand le travail nous rend malade

De plus en plus, le travail nous rend malades. Physiquement et psychologiquement. Tour d’horizon, en cinq volets, afin de mesurer l’ampleur du problème et d’ébaucher des pistes de solution. Premier sujet : le stress et le surmenage.

 Faites le test. Demandez autour de vous qui a déjà souffert d’un burn-out, ou épuisement professionnel. Vous verrez des mains se lever à la dizaine.

Les histoires se ressemblent souvent, analogues à celle de Lucie, à l’emploi d’une grande entreprise d’aviation. Elle est le genre d’employée dont rêvent les patrons. Toujours au poste, volontaire, créative et respectueuse de la hiérarchie, tout en étant modérément ambitieuse. Elle se consacre à son travail sans compter les heures.

Mais un hiver, elle se sent de plus en plus fatiguée, moins concentrée. Les tâches simples lui pèsent. Autrefois très motivée, elle entre au bureau à reculons, les heures supplémentaires deviennent insoutenables, et son patron lui impose beaucoup de pression. Sans trop lui fournir d’encouragements lorsqu’elle réussit bien.

Lors d’une crise dans le milieu de l’aviation qui touche son entreprise, Lucie craque. «Je croyais ne pas pouvoir me rendre au travail, tomber dans la neige et y rester, c’était comme ça chaque matin, je n’en pouvais plus», raconte-t-elle.

Ici, son histoire prend une tangente particulièrement tragique, puisque son employeur contestera sa demande de congé de maladie, puis l’assureur refusera de la dédommager. Mais même lorsque les choses se passent mieux, le parcours des accidentés psychologiques du travail est loin d’être simple.

Car dans une société de performance comme la nôtre, le surmenage est encore tabou. Et ceux qui le vivent doivent en porter les stigmates.

Le stress : grand coupable

Les études à ce sujet s’empilent et leurs résultats convergent : la pression subie dans le monde du travail, ajoutée à celles du domaine privé, ruine la santé.

La dépression, qui en résulte parfois (car burn-out n’est pas synonyme de dépression), sera en 2020 la seconde cause d’invalidité dans le monde, selon l’OMS. Les maladies cardiovasculaires comptent aussi parmi les effets directs ou collatéraux d’un stress trop important.

Chez nous, un Canadien sur cinq subira un problème de santé mentale au cours de l’année. Le coût de la maladie mentale, au pays, s’élève à 50 milliards de dollars. Malgré que nous soyons le 7e pays du monde sur l’échelle mondiale du bonheur.

Selon le Centre d’études sur le stress humain, les compagnies d’assurances constatent que les réclamations en matière de santé mentale ont presque triplé entre 1991 et 2001, passant de 15 à 40 %. Et ça continue de grimper. Si bien que des experts envisagent une hausse importante du coût des assurances collectives, et même, éventuellement, des restrictions concernant les problèmes de santé mentale.

On mesure de mieux en mieux comment le stress opère sur le corps, jusqu’à ce que ce dernier flanche. Le stress génère du cortisol. L’hormone, qui atteint rapidement le cerveau, inhibe les capacités d’apprentissage. Si bien qu’une personne qui tente de travailler sous pression est improductive.

Comment régler le problème

Un ensemble de facteurs peut avoir raison de l’équilibre mental. L’endettement massif des ménages, les problèmes des enfants, les ennuis amoureux : tout cela s’ajoute aux demandes sans cesse grandissantes du travail, qui nous suit désormais partout, tout le temps, en raison des prolongements technologiques que constituent nos ordinateurs et nos téléphones intelligents.

Notre monde est compétitif. Parfois impitoyable. Et les relations de travail peuvent être hostiles, allant de l’intimidation au sexisme, en passant par toute la gamme des petites agressions verbales et comportementales imaginables.

Mais les individus hésitent encore à agir, même lorsqu’ils connaissent la source de leur stress. Ils évitent aussi de faire savoir à leur entourage professionnel et même intime qu’ils n’en peuvent plus.

De peur d’être ostracisés puis renvoyés de leur travail (comme cela est finalement arrivé à Lucie), ou d’avoir à vivre avec le stigmate de faiblesse qui vient encore trop souvent avec la maladie mentale.

Mais comme le réalisent les chercheurs, savoir identifier et éliminer les sources de stress constitue la seule manière de contrer le burn-out. La médicamentation n’arrangera pas la situation. Il faut trouver des solutions qui changent la nature de l’environnement qui provoque le stress. Et c’est pour cela que nous devons en faire plus, socialement, afin de banaliser la maladie mentale, de cesser de mettre ceux qui en souffrent au ban de la société et de modifier les pratiques en milieu de travail, à l’aide d’une législation plus proactive.

Au fond, c’est l’idée même que nous nous faisons du travail qui doit changer.

 

La semaine prochaine : comment un ancien travailleur social au service de l’État a lancé un podcast pour venir en aide aux personnes qui souffrent au travail.

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