Une clinique sans médecin

À l’ère des « superinfirmières », la Coopérative de solidarité SABSA gère une clinique en milieu défavorisé, sans aucun médecin en ses murs. Portrait d’un modèle qui pourrait bien servir à désengorger la première ligne du système de santé. À condition que le système veuille bien changer.

Dans la basse-ville de Québec, les personnes malades n’ont plus nécessairement besoin d’aller attendre des heures à la clinique. Ou à l’urgence. En fait, elles n’ont même plus besoin d’une carte d’assurance maladie si elles se présentent à la SABSA, dont l’acronyme signifie « service à bas seuil d’accessibilité ».

« Le projet de coopérative a commencé lorsque les membres fondateurs se sont réunis, à la fin de 2011, parce qu’ils voulaient proposer des services aux personnes atteintes d’hépatite C dans le secteur; ils souhaitaient leur donner accès au traitement, car c’est une infection qui touche particulièrement les personnes plus vulnérables. Ils avaient été témoins des lacunes dans les milieux institutionnels et voulaient mettre quelque chose en place rapidement », raconte la coordonnatrice de la SABSA, Emmanuelle Lapointe.

Et tandis que la présence de cette clinique dans le quartier se faisait connaître, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) cherchait un projet pilote à financer afin de tenter le coup avec une première clinique infirmière. L’arrimage se fait au printemps 2014, et l’établissement devient alors une clinique de soins infirmiers de proximité.

« C’est un nouveau modèle de soins au Québec, mais c’est un modèle qui existe ailleurs, expose la coordonnatrice. La subvention nous sert essentiellement à payer le salaire de l’infirmière praticienne. Elle est ce qu’on appelle une “superinfirmière”; elle peut prescrire certains médicaments et examens, en plus de poser certains diagnostics. »

Clinique de quartier

Sise sur le boulevard Charest, coin Langelier, à la rencontre des quartiers Saint-Sauveur et Saint-Roch, la SABSA dessert les populations de ce secteur où la demande de soins facilement accessibles est forte, en raison de son taux de pauvreté élevé.

La clinique est ouverte du lundi au vendredi de jour, et deux soirs par semaine, sans rendez-vous, sans avoir à débourser un sou ni à sortir sa carte-soleil. Le reste du personnel est bénévole. Y compris les médecins partenaires qui, en cas de problème qui outrepasse ses compétences, peuvent venir en aide à l’infirmière praticienne à distance. Et parfois même en rencontrant les patients dans leur bureau.

« En octobre 2014, nous avions 80 dossiers actifs de patients, et nous avons dépassé les 1000 dossiers désormais », chiffre Mme Lapointe, illustrant l’immense gain de popularité du projet, dont le financement arrive cependant à échéance à l’été 2016.

Un modèle à suivre

À la lumière des données du rapport de recherche préliminaire, le corridor entre superinfirmière et médecin s’ouvre très peu souvent : dans 95 % des cas, celle-ci suffit à prodiguer les soins et à prescrire le nécessaire.

« Le rapport dit que ce genre de modèle est efficace, et qu’il sert bien la population. Le modèle de coopérative permet aussi aux membres de s’impliquer dans la prise de décisions concernant l’établissement », ce qui, de toute évidence, permet d’être plus près des besoins des utilisateurs.

Tandis que la SABSA contemple l’échéance de son financement (qui lui provient de la FIQ et de Desjardins Sécurité financière), ses acteurs espèrent que la clinique puisse intégrer les services en santé et services sociaux du secteur. « L’accueil est bon, tout le monde constate le travail qui est fait, l’efficacité. C’est juste que nous sommes dans un système où il faut entrer dans une case pour être pris en considération, et on sort un peu des manières traditionnelles de faire. Donc, il faut trouver une manière de s’arrimer au système de santé malgré cela. »

Et si le système s’alignait plutôt, du moins en partie, sur le modèle de la SABSA?

Emmanuelle Lapointe croit que le modèle est exportable dans tous les milieux, y compris les plus favorisés. Du moins en ce qui concerne l’idée de confier des cliniques à des infirmières praticiennes de première ligne, et d’ainsi désengorger le système.

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