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Vieillir partie 1: La douleur chronique.

Entre 25 et 75 % des personnes de 65 ans et plus souffrent de douleur chronique. Un mal quotidien, presque constant, qui mine considérablement le moral et épuise les forces. Le problème est lourd de conséquences, méconnu du corps médical, et accélère la perte d’autonomie de ceux qui le subissent. D’où l’urgence de s’y pencher.

«La douleur, c’est beaucoup plus qu’une sensation physique, expose le gériatre David Lussier. C’est aussi une expérience émotionnelle difficile, parce que la personne qui la vit est aussi accablée par un sentiment d’impuissance, et cela mène à de l’anxiété, de la dépression, parfois même des pensées suicidaires», expose le médecin, qui est aussi directeur de la Clinique de gestion de la douleur chronique de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Les types de douleur

Les causes les plus fréquentes de ces douleurs sont musculo-squelettiques, et touchent particulièrement le dos, affecté par une panoplie de troubles liés au vieillissement.

Mais si certaines de ces douleurs peuvent être détectées à l’aide d’imagerie médicale et autres formes d’examens, pour être ainsi isolées, et mieux soignées, il existe aussi des douleurs invisibles, qui n’en sont pas moins pénibles.

C’est le cas, entre autres, de ce qu’on appelle la «douleur neuropathique», qui touche un ou plusieurs nerfs. Le diabète, l’alcool, les contrecoups de certaines maladies (comme le zona), de même que la prise de médicaments contre le cancer peuvent entraîner la dégradation de certains nerfs et causer ce genre de douleur, malheureusement très difficile à traiter.

Perte d’autonomie

Dans un monde idéal, les personnes âgées, même souffrantes, devraient pouvoir demeurer chez elles le plus longtemps possible. La douleur chronique est cependant incapacitante et donc responsable d’une perte d’autonomie accélérée. Celle-ci débute par une capacité décroissante à se déplacer librement à l’extérieur pour faire ses courses et avoir une vie sociale, puis elle peut se muer en une difficulté à se déplacer chez soi, à se faire à manger, à aller à la salle de bain, à se laver.

«En ce moment, pour plusieurs, le dilemme consiste à choisir entre demeurer seul à la maison, sans aide, et aller en CHSLD, explique le Dr Lussier. Ce qu’il faudrait, c’est que ces personnes puissent avoir accès à plus de soins à la maison, afin qu’on évite de les laisser souffrir dans la solitude ou de les envoyer prématurément dans une institution de soins de longue durée.

Or, comme le souligne David Lussier, les ressources sont non seulement insuffisantes, mais les médecins généralistes comme l’ensemble du corps médical sont souvent mal formés pour faire de bons diagnostics ou proposer des méthodes alternatives afin de traiter efficacement les douleurs, et ainsi prolonger l’autonomie des personnes affectées.

La douleur chronique : un tabou

«Ajoutez à cela qu’il y a un grand tabou autour de la douleur, que les personnes qui en souffrent hésitent à en parler, et donc elles sont moins bien suivies, et moins bien soignées, ce qui multiplie les effets négatifs, souligne le spécialiste. Et les seuls traitements qui sont remboursés par la Régie de l’assurance maladie sont les visites chez le médecin et, en partie, les médicaments.»

On ne s’étonnera donc pas que les médecins prescrivent quantité de médicaments, pas toujours aussi utiles qu’un traitement de physiothérapie ou que des visites chez le psychologue : il s’agit de l’unique bouée dont disposent leurs patients qui n’ont ni les moyens ni une assurance privée pour se payer autre chose.

Mais on peut faire mieux, croit le Dr Lussier.

Idée qu’il détaille dans le second article de notre série sur les personnes âgées.

 

La semaine prochaine : les soins alternatifs pour la douleur chronique

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca