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Vieillir, partie 4: l’anxiété et la dépression

La santé mentale est un enjeu important à tous les âges. Mais en vieillissant, l’anxiété et la dépression peuvent contribuer à l’aggravation de certains troubles physiques. À cette période de la vie, il est donc plus important que jamais d’être bien dans sa tête pour l’être aussi dans son corps.

«L’anxiété et la dépression ont beaucoup d’impact sur les personnes âgées, principalement parce qu’elles sont associées à une diminution de la qualité de vie», expose la Dre Doris Clerc.

Géronto-psychiatre, consultante à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, la Dre Clerc est couramment appelée à apporter son soutien aux cliniques de la mémoire et de la douleur de l’organisme.

Elle sait donc parfaitement comment la maladie mentale influe sur les autres sphères de la santé; sur les troubles cognitifs, par exemple, dont une dépression tardive peut être annonciatrice. «On peut dire que les troubles mentaux sont souvent associés à d’autres problèmes de santé chez les personnes âgées.»

Le lien entre les deux se décline de différentes manières.

«On sait que, quand une personne est déprimée, elle a des problèmes de concentration. Donc plus de difficulté à se souvenir des noms, des rendez-vous», donne-t-elle en exemple, traçant une autre ligne qui rejoint les problèmes liés à la mémoire et autres ennuis d’ordre cognitif.

Ces problèmes de mémoire ont aussi une incidence sur l’autonomie générale, la prise de médicaments, les bonnes habitudes en général… «Une personne dépressive a tendance à moins manger, à moins faire d’activités. Tout ça amène une détérioration de la santé physique.»

Et c’est sans parler de l’augmentation du risque de suicide, comme chez les jeunes, rappelle la psychiatre.

Les sources de l’anxiété

Règle générale, les études tendent à démontrer que les personnes âgées sont moins anxieuses que les adultes plus jeunes. «Sans doute en raison de l’expérience de vie. Avec l’âge, on apprend à négocier avec les aléas», propose la professionnelle de la santé mentale.

Mais le problème demeure, et il est particulier à l’âge d’or en cela qu’il trouve ses fondements dans d’autres problèmes, pas toujours facilement solubles.

On pense à la vulnérabilité liée aux atteintes physiques et cognitives issues du vieillissement. «Une femme plus âgée qui marche seule dans la rue le soir avec son sac à main sera peut-être plus anxieuse», illustre la Dre Clerc.

Mais c’est la menace qui mine clairement les personnes âgées. Comme celle de devoir faire face à la maladie. La sienne ou celle du conjoint, sans parler du décès de ce dernier.

Parmi les particularités qui entourent les troubles de l’humeur, notons aussi le changement de rôle qui vient avec la retraite. Le sentiment de ne plus être utile à la société. «On vit plusieurs deuils quand on vieillit», souligne la médecin. Celui de sa «vie active» en est un. S’ajoute à cela la mort d’amis, de membres de la famille – phénomène qui devient plus fréquent. Il y a aussi le stress lié à la nécessité d’accompagner un conjoint qui a des ennuis de santé, comme des troubles cognitifs. On pense aux maladies d’Alzheimer ou de Parkinson, qui réclament beaucoup de soins.

Et puis il y a les problèmes financiers qui comptent aussi pour beaucoup, car plusieurs personnes âgées se retrouvent devant moins que ce qu’elles escomptaient et peinent parfois à boucler leur budget, ou à profiter de la vie comme elles l’avaient souhaité.

Bref, pour plusieurs, l’âge de la retraite n’est pas de tout repos. Leurs ennuis et préoccupations ne sont donc pas à prendre à la légère.

Les problèmes se recoupent

Il appert, au fil de notre série sur les personnes âgées, qu’une poignée de préoccupations demeurent les mêmes, peu importe qu’on souffre de troubles cognitifs, de douleur chronique ou d’ennuis de santé mentale.

 

  • La nécessité de faire le tri dans ses ordonnances afin de ne prendre que le nécessaire et d’éviter les effets croisés.
  • Rester actif, physiquement et socialement, afin de stimuler la mémoire, de réduire la douleur chronique, mais aussi de conserver un rôle important dans la société et de donner du sens à sa vie.
  • Trouver des groupes d’entraide, un centre communautaire pour personnes âgées, un point d’ancrage pour obtenir une oreille attentive, des conseils, pour se faire des amis.
  • Ne pas hésiter à demander de l’aide à son médecin.
  • Chercher des solutions à ses problèmes, être actif dans sa gestion des ennuis de santé.
  • Bien se nourrir. Éviter les abus d’alcool et de médicaments.

Au final, l’ensemble des intervenants que nous avons consultés déplore un manque de ressources. Principalement en psychothérapie. (La Dre Doris Clerc insiste pour dire que, en santé mentale, les traitements pharmacologiques ne devraient pas être négligés, car certains sont très efficaces sans nuire à la qualité de vie.)

Le vieillissement de la population commande donc une adaptation du système de santé.

Par exemple, on suggère la présence d’infirmières spécialisées (de liaison, comme on les appelle dans le milieu) en gériatrie dans les urgences, afin de mieux adapter les soins à cette population. Le soutien accordé aux aidants naturels sera aussi déterminant dans la capacité de garder les personnes âgées dans leur environnement domestique, et pour prévenir l’engorgement des CHSLD, sans parler du dépérissement hâtif qu’entraîne souvent l’extraction d’une personne de son milieu de vie.

L’Institut universitaire de gériatrie de Montréal travaille à la création de solutions intégrées pour aider les personnes âgées. Reste à voir si le système suivra l’exemple qu’on lui propose.

Le saviez-vous?

 

  • Une personne qui a connu plusieurs épisodes de dépression est plus à risque de développer des troubles cognitifs.

 

  • L’anxiété touche les hommes et les femmes de manière égale, mais la dépression touche 3 femmes pour 2 hommes, peu importe l’âge. «On ne sait pas exactement pourquoi, souligne la DreDoris Clerc, même si on a quelques pistes : des facteurs génétiques, hormonaux. Peut-être aussi que les femmes expriment plus facilement les sentiments liés à la dépression, alors que chez un homme, l’abus d’alcool peut être la manifestation d’un épisode dépressif.»

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca