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Vieillir, partie 3: la mémoire

Perdre la mémoire, c’est un drame auquel doivent faire face plusieurs personnes âgées. Atteints de la maladie d’Alzheimer, ou d’autres troubles plus mineurs, ces individus méritent qu’on s’attarde à leur sort afin que notre oubli ne précipite pas le leur. Mais ils doivent aussi se prendre en main.

On appelle cognition l’ensemble des capacités cérébrales qui permettent à une personne de s’exprimer, de piger de l’information dans sa mémoire, d’apprendre, de résoudre des problèmes et de bien juger d’une situation afin de prendre les décisions appropriées.

Les types de troubles cognitifs

Avec le vieillissement, trois types d’atteinte à la cognition peuvent se manifester.

D’abord, le vieillissement cognitif normal, qui atteint très légèrement la mémoire et rend l’apprentissage de nouvelles compétences un peu plus complexe. Le temps de réaction s’allonge. On n’a plus les réflexes mentaux d’autrefois.

Le trouble plus important, c’est celui qu’on nomme trouble neurocognitif majeur, aussi appelé démence. Ici, c’est toute l’autonomie qui est mise à mal. Les capacités fonctionnelles sont d’abord légèrement, puis lourdement altérées. On pense évidemment à la maladie d’Alzheimer, la plus connue. L’aide devient alors essentielle.

L’enjeu de mémoire

Pour la Dre Catherine Brodeur, gériatre spécialisée en troubles cognitifs et affectée à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, la mémoire est un enjeu de taille pour les personnes âgées, que nous aurions tort de négliger.

«La mémoire, expose-t-elle, c’est ce qui construit la personne, ce qu’elle est, ce qu’elle a vécu.» Chez ceux qui voient leur mémoire dépérir, c’est un peu leur identité qui fuit en même temps que les souvenirs. Ce n’est pas rien. «Les fonctions cognitives, c’est aussi ce qui permet de planifier, d’être autonome, poursuit la spécialiste. Même s’ils ne sont pas visibles, comme une jambe amputée, les troubles cognitifs peuvent entraîner une perte d’autonomie importante. On n’est plus capable de gérer ses finances, ses médicaments, ses courses. Ça entraîne un déclin fonctionnel qui nécessite une aide extérieure, ou alors le déménagement dans une résidence avec services.»

Non au défaitisme

La Dre Brodeur souligne toutefois que, malgré l’impossibilité de guérison dans le cas de maladies comme l’Alzheimer, il est primordial de ne pas s’écraser devant un diagnostic positif. Même si on se sent condamné. «Les gens ne voient souvent que les stades terminaux, mais avant d’en arriver là, ils peuvent continuer de voyager, d’avoir une bonne qualité de vie. On voit beaucoup de défaitisme, mais malgré l’absence de traitement curatif, on peut ralentir la progression de la maladie pour que la personne puisse préserver son autonomie plus longtemps et profiter de la vie.»

On sait désormais, rappelle-t-elle, que les saines habitudes de vie font partie des conditions pour prévenir les troubles cognitifs et ralentir leur progression. La diète méditerranéenne et l’exercice physique sont donc à mettre au menu.

Même chose pour la prévention de troubles moins importants. «À tous les stades, de la prévention au stade démentiel, il est important de demeurer actif socialement, intellectuellement et physiquement, puis de contrôler les facteurs de risque vasculaires (tabagisme, sédentarité, diabète). Les études prouvent qu’il faut commencer tôt, dès la quarantaine, pour prévenir les problèmes futurs.»

Promesses de miracles et dépistage précoce

Avec le vieillissement de la population et l’accroissement proportionnel des troubles cognitifs, plusieurs industries ont flairé la présence d’un filon lucratif en matière de prévention.

Les jeux, applications et autres méthodes de «musculation» de la mémoire se sont donc multipliés. Des exercices «qui ne peuvent pas nuire, nous dit notre experte, mais dont l’efficacité n’a pas non plus été démontrée par la recherche». Ainsi, on ignore quelles en sont les répercussions réelles sur l’amélioration du fonctionnement au quotidien.

Attention, donc, aux promesses de miracles.

Il existe cependant des services, prodigués par des personnes dûment formées, qui aident les gens dont la mémoire vacille à mieux conserver leurs facultés. Entre autres grâce à des outils mnémotechniques dont on les dote au fil d’exercices.

Mais l’important, rappelle-t-elle, c’est aussi de trouver des sources de stimulation qui nous plaisent. «Si on n’aime pas les sudokus, on trouve autre chose. Lire le journal et discuter d’actualité avec d’autres personnes, c’est très bien. Les activités sociales sont importantes aussi.»

Mais, soutient la Dre Brodeur, c’est le dépistage le plus précoce possible de troubles cognitifs qui permet d’améliorer la qualité de vie à long terme. Elle insiste : il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Ni du côté des médecins de première ligne (bien qu’ils soient débordés, c’est vrai), ni du côté des individus qui ne veulent peut-être pas voir la réalité en face.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca